mercredi 14 juillet 2010

Dieu veille sur son peuple

Audience Générale du pape Benoît XVI sur le Psaume 120, le mercredi 4 mai 2005.

Lecture: Ps 120, 1-4.7-8

1. Comme je l'ai déjà annoncé mercredi dernier, j'ai décidé de reprendre dans les catéchèses le commentaire des Psaumes et des Cantiques qui composent les Vêpres, en utilisant les textes préparés par mon prédécesseur Jean-Paul II.

Le Psaume 120 sur lequel nous méditons aujourd'hui, fait partie du recueil des «Cantiques des montées», c'est-à-dire du pèlerinage vers la rencontre avec le Seigneur dans le temple de Sion. C'est un Psaume de confiance, car dans celui-ci résonne à six reprises le verbe hébreu shamar, «conserver, protéger». Dieu, dont le nom est évoqué de façon répétée, apparaît comme le «gardien» toujours en éveil, attentif et plein de sollicitude, la «sentinelle» qui veille sur son peuple pour le protéger de tout risque et danger.

Le chant s'ouvre par un regard de l'orant tourné vers le haut, «vers les monts», c'est-à-dire les collines sur lesquelles s'élève Jérusalem : c'est de là-haut que vient l'aide, car là-haut habite le Seigneur dans son temple saint (cf. vv. 1-2). Toutefois, les «monts» peuvent également évoquer les lieux où s'élèvent des sanctuaires idolâtres, qu'on appelle les «hauteurs» et qui sont souvent condamnées dans l'Ancien Testament (cf. 1 R 3, 2; 2 R 18, 4). Dans ce cas il y aurait une opposition : alors que le pèlerin avance vers Sion, ses yeux se posent sur les temples païens, qui constituent une grande tentation pour lui. Mais sa foi est inébranlable et il n’a qu’une seule certitude : «Le secours me vient de Yahvé qui a fait le ciel et la terre» (Ps 120, 2).

2. Cette confiance est illustrée dans le Psaume à travers l'image du gardien et de la sentinelle, qui veillent et protègent. On fait également allusion au pied qui ne vacille pas (cf. v. 3) sur le chemin de la vie et peut-être au pasteur qui, lors de la halte nocturne, veille sur son troupeau sans s'endormir ni céder au sommeil (cf. v. 4). Le pasteur divin ne connaît pas de repos dans l'œuvre de protection de son peuple.

Un autre symbole apparaît ensuite, celui de l'«ombre» qui suppose la reprise du voyage au cours de la journée ensoleillée (cf. v. 5). La pensée se tourne vers la marche historique dans le désert du Sinaï, où le Seigneur marche à la tête d'Israël de «jour dans une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer» (Ex 13, 21). Dans le Psautier, on prie souvent ainsi: «A l'ombre de tes ailes cache-moi...» (Ps 16, 8; cf. Ps 90, 1).

3. Après la veillée et l'ombre, voilà le troisième symbole, celui du Seigneur qui se tient «à droite» de son fidèle (cf. Ps 120, 5). Telle est la position du défenseur, aussi bien militaire qu'au cours d'un procès: c'est la certitude de ne pas être abandonné au temps de l'épreuve de l'assaut du mal, de la persécution. A ce point, le Psalmiste revient à l'idée du voyage au cours d'une chaude journée où Dieu le protège du soleil incandescent.

Mais au jour succède la nuit. Dans l'antiquité, on considérait que les rayons de lune étaient eux aussi nocifs, pouvant provoquer la fièvre ou la cécité, voire même la folie; c'est pourquoi le Seigneur nous protège aussi la nuit (cf. v. 6).

Le Psaume touche désormais à son terme par une déclaration synthétique de confiance: Dieu nous protégera avec amour à chaque instant, gardant notre vie de tout mal (cf. v. 7). Chacune de nos activités, résumées dans les deux verbes extrêmes de «sortir» et d'«entrer», sont toujours sous le regard vigilant du Seigneur. Chacun de nos actes et tout notre temps l'est, «dès lors et à jamais» (v. 8).

4. Nous voulons à présent commenter cette dernière déclaration de confiance par un témoignage spirituel de l'antique tradition chrétienne. En effet, dans l'Epistolaire de Barsanuphe de Gaza (mort vers la moitié du VIe siècle), un ascète de grande renommée, interpellé par des moines, des ecclésiastiques et des laïcs en raison de la sagesse de son discernement, nous trouvons plusieurs fois rappelé le verset du Psaume: «Yahvé te garde de tout mal, il garde ton âme». Grâce à celui-ci, il voulait apporter le réconfort à ceux qui lui exposaient leurs difficultés, les épreuves de la vie, les dangers, les malheurs.

Un jour, un moine ayant demandé à Barsanuphe de prier pour lui et pour ses compagnons, il lui répondit ainsi, en insérant dans ses vœux la citation de ce verset: «Mes fils bien-aimés, je vous embrasse dans le Seigneur, en le suppliant de vous protéger de tout mal et de vous donner le courage de supporter comme à Job, la grâce comme à Joseph, la douceur comme à Moïse, et la valeur dans les combats comme à Josué fils de Nun, la maîtrise des pensées comme aux juges, le pouvoir d'assujettir les ennemis comme aux rois David et Salomon, la fertilité de la terre comme aux Israélites... Qu'il vous accorde la rémission de vos péchés avec la guérison du corps, comme au paralytique. Qu'il vous sauve des flots comme Pierre et qu'il vous arrache des épreuves comme Paul et les autres apôtres. Qu'il vous protège de tout mal, comme ses fils véritables et qu'il vous accorde ce que votre cœur demande, pour le bien de l'âme et du corps en son nom. Amen» (Barsanuphe et Jean de Gaza, Epistolaire, 194: Collection de Textes patristiques, XCIII, Rome, 1991, pp. 235-236).

samedi 10 juillet 2010

"J'ai voulu m'appeler Benoît XVI..."

Allocution prononcée par le pape Benoît XVI au cours de l'audience générale qui a eu lieu mercredi 27 avril 2005 place Saint Pierre.

Très chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous accueillir et j'adresse un salut cordial à ceux qui sont ici présents, ainsi qu'à ceux qui nous suivent à la radio et à la télévision. Comme je l'ai déjà exprimé lors de la première rencontre avec Messieurs les Cardinaux, précisément mercredi de la semaine dernière dans la Chapelle Sixtine, je fais l'expérience dans mon âme de sentiments contrastants en ces jours de début de mon ministère pétrinien: étonnement et gratitude envers Dieu, qui m'a surpris le premier en m'appelant à succéder à l'Apôtre Pierre; inquiétude intérieure face à l'immensité de la tâche et des responsabilités qui m'ont été confiées. La certitude de l'aide de Dieu, de sa Très Sainte Mère, la Vierge Marie et des saints Protecteurs, me donne cependant sérénité et joie; je suis également soutenu par la proximité spirituelle de tout le peuple de Dieu auquel, comme j'ai eu l'occasion de le répéter dimanche dernier, je continue à demander de m'accompagner par une prière incessante.

Après la pieuse disparition de mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, je reprends aujourd'hui les traditionnelles audiences générales du mercredi. En cette première rencontre, je voudrais tout d'abord m'arrêter sur le nom que j'ai choisi en devenant Evêque de Rome et Pasteur universel de l'Eglise. J'ai voulu m'appeler Benoît XVI pour me rattacher en esprit au vénéré Pontife Benoît XV, qui a guidé l'Eglise au cours d'une période tourmentée en raison du premier conflit mondial.

Il fut un courageux et authentique prophète de paix et se prodigua avec un courage inlassable, tout d'abord pour éviter le drame de la guerre, puis pour en limiter les conséquences néfastes. C'est sur ses traces que je désire placer mon ministère au service de la réconciliation et de l'harmonie entre les hommes et les peuples, profondément convaincu que le grand bien de la paix est tout d'abord un don de Dieu, un don fragile et précieux à invoquer, à protéger et à édifier jour après jour avec la contribution de tous.

Le nom de Benoît évoque, en outre, la figure extraordinaire du grand «Patriarche du monachisme occidental», saint Benoît de Nursie, co-patron de l'Europe avec les saints Cyrille et Méthode. L'expansion progressive de l'Ordre bénédictin qu'il fonda a exercé une profonde influence sur la diffusion du christianisme dans tout le continent. Saint Benoît est donc particulièrement vénéré en Allemagne et spécialement en Bavière, ma terre d'origine; il constitue un point de référence fondamental pour l'unité de l'Europe et un rappel puissant des incontournables racines chrétiennes de sa culture et de sa civilisation.

De ce Père du monachisme occidental, nous connaissons la recommandation laissée aux moines dans sa Règle: «Ne rien mettre absolument au-dessus du Christ» (Règle 72, 11; cf. 4, 21). Au début de mon service comme Successeur de Pierre, je demande à saint Benoît de nous aider à garder fermement le Christ au centre de notre vie. Qu'il soit toujours à la première place dans nos pensées et dans chacune de nos activités!

Ma pensée retourne avec affection à mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, auquel nous devons un héritage spirituel extraordinaire. «Nos communautés chrétiennes — a-t-il écrit dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte — doivent devenir d'authentiques “écoles” de prière, où la rencontre avec le Christ ne s'exprime pas seulement en demande d'aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu'à une vraie “folie” du cœur» (n. 33). C'est ces orientations qu'il a cherché à mettre lui-même en œuvre, en consacrant les catéchèses du mercredi des derniers temps au commentaire des Psaumes des Laudes et des Vêpres. Comme il fit au début de son Pontificat, lorsqu'il voulut poursuivre les réflexions commencées par son prédécesseur sur les vertus chrétiennes (cf. Enseignements de Jean-Paul II, I [1978], pp. 60-63), j'entends moi aussi reproposer, lors des prochains rendez-vous hebdomadaires, le commentaire qu'il avait préparé sur la deuxième partie des Psaumes et des Cantiques qui composent les Vêpres. Mercredi prochain, je reprendrai ses catéchèses précisément là où elles s'étaient interrompues, lors de l'audience générale du 26 janvier dernier.

Chers amis, je vous remercie à nouveau de votre visite et de l'affection dont vous m'entourez. En retour, je vous adresse cordialement ces mêmes sentiments avec une Bénédiction spéciale, que je donne à vous qui êtes ici présents, à vos familles et à toutes les personnes qui vous sont chères.

L'Eglise est par nature missionnaire

Allocution du pape Benoît XVI lors de son pèlerinage au tombeau de saint Paul, à Saint-Paul-hors-les-Murs, le 25 avril 2005.

Messieurs les Cardinaux,
Vénérables frères dans l’Episcopat et le Sacerdoce,
Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Je rends grâce à Dieu qui, au début de mon ministère de Successeur de Pierre, m’accorde de m’arrêter pour prier auprès du tombeau de l’apôtre Paul. C’est pour moi un pèlerinage très désiré, un geste de foi, que j’accomplis en mon nom propre, mais aussi au nom du bien-aimé diocèse de Rome, dont le Seigneur m’a constitué Evêque et Pasteur, et de l’Eglise universelle confiée à mon soin pastoral. Un pèlerinage, pour ainsi dire, aux racines de la mission, de cette mission que le Christ ressuscité a confiée à Pierre, aux Apôtres et, de façon singulière, aussi à Paul, en le poussant à annoncer l’Evangile aux nations, jusqu’à arriver en cette ville, où, après avoir longtemps prêché le Royaume de Dieu (Actes des Apôtres 28,31), il a rendu par le sang l’extrême témoignage à son Seigneur, qui l’avait « conquis » (Philippiens 3,12) et envoyé.

Avant même que la Providence le conduise à Rome, l’Apôtre avait écrit aux chrétiens de cette cité, capitale de l’empire, sa lettre la plus importante du point de vue doctrinal. Son commencement vient d’être lu, un dense préambule où l’Apôtre salue la communauté de Rome en se présentant comme « le serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation » (Romains 1,1). Et plus loin, il ajoute: « Par Lui [le Christ], nous avons reçu la grâce de l’apostolat pour obtenir l’obéissance de la foi de la part de toutes les nations » (Romains 1,5).

Chers amis, en tant que Successeur de Pierre, je suis ici pour raviver dans la foi cette « grâce de l’apostolat », parce que Dieu, selon une autre expression de l’Apôtre des nations, m’a confié « la sollicitude de toutes les Eglises » (2 Corinthiens 11,28). L’exemple de mon bien aimé et vénéré prédécesseur Jean-Paul II, un pape missionnaire, est devant nous : son activité si intense, dont témoignent plus de 100 voyages apostolique au-delà des frontières de l’Italie, est vraiment inimitable. Qu’est-ce qui le poussait à un tel dynamisme sinon le même amour du Christ qui a transformé l’existence de saint Paul (cf. 2 Corinthiens 5,14)? Daigne le Seigneur nourrir aussi en moi un tel amour, afin que je n’aie pas de paix devant l’urgence de l’annonce évangélique dans le monde d’aujourd’hui. L’Eglise est par nature missionnaire, sa tâche première est l’évangélisation. Le concile Vatican II a consacré à l’activité missionnaire le décret appelé justement « Ad Gentes », qui rappelle comment « les apôtres … suivant l’exemple du Christ, ont prêché la parole de la vérité et ont engendré les Eglises et que c’est la tâche de leurs successeurs de s’assurer la continuité de cette œuvre, afin que la parole de Dieu courre et soit glorifiée (cf. 2 Thessaloniciens 3,1) et que le Royaume de Dieu soit annoncé et stable sur toute la terre » (n°1).

Au début du troisième millénaire, l’Eglise sent avec une vivacité renouvelée que le mandat missionnaire du Christ est plus que jamais actuel. Le Grand Jubilé de l’An 2000 l’a conduite à « repartir du Christ », contemplé dans la prière, afin que la lumière de sa vérité soit irradiée par tous les hommes, avant tout par le témoignage de la sainteté. J’ai à cœur de rappeler la devise que saint Benoît a placée dans sa Règle, en exhortant ses moines à « ne rien préférer absolument à l’amour du Christ » (ch. 4). En effet, la vocation sur le chemin de Damas a conduit Paul à cela justement : à faire du Christ le centre de sa vie, en laissant tout pour la sublime connaissance de Lui et de son mystère d’amour, et en s’engageant ensuite à l’annoncer à tous, spécialement aux païens, « à la gloire de son nom » (Romains, 1,5). Sa passion pour le Christ l’a conduit à prêcher l’Evangile non seulement par la parole mais par sa propre vie, toujours plus en conformité avec son Seigneur. A la fin, Paul a annoncé le Christ par le martyre, et son sang, uni à celui de Pierre, et de tant d’autres témoins de l’Evangile, qui a irrigué cette terre et rendu féconde l’Eglise de Rome, qui préside à la communion universelle de la charité (cf. s. Ignace d’Antioche, Aux Romains, Inscr.: Funk, I, 252).

Le XXe siècle a été un temps de martyre. Le pape Jean-Paul II l’a fortement mis en relief, en demandant à l’Eglise de « mettre à jour le martyrologe », et a canonisé et béatifié de nombreux martyrs de l’histoire récente. Si donc le sang des martyrs est semence de nouveaux chrétiens, au début du IIIe millénaire, il est licite de s’attendre à une nouvelle floraison de l’Eglise, spécialement là où elle a davantage souffert pour la foi et pour le témoignage de l’Evangile.

Nous confions ce souhait à l’intercession de saint Paul. Qu’il daigne obtenir pour l’Eglise de Rome, en particulier pour son évêque, et pour tout le Peuple de Dieu, la joie d’annoncer et de témoigner à tous la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur.

dimanche 13 juin 2010

Citations du Pape Benoît XVI

  • "Je demande à tous d’intensifier (...) l’amour et la dévotion à Jésus Eucharistie et d’exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, en particulier à travers le caractère solennel et digne des célébrations." (homélie-programme de la première messe du pape Benoît XVI, le 20 avril 2005)
  • "Celui qui croit n'est jamais seul" (homélie de la Messe inaugurale du pontificat du pape Benoît XVI, le 24 avril 2005).
  • "N’ayez pas peur du Christ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie." (homélie de la Messe inaugurale du pontificat du pape Benoît XVI, le 24 avril 2005).
  • "Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands." (homélie de la Messe inaugurale du pontificat du pape Benoît XVI, le 24 avril 2005).
  • "Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’Evolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire." (homélie de la Messe inaugurale du pontificat du pape Benoît XVI, le 24 avril 2005).

Le monde est racheté par la patience de Dieu

Extrait de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la Messe inaugurale de son Pontificat, le dimanche 24 avril 2005, sur le parvis de la Place St Pierre.

Ce n’est pas le pouvoir qui rachète, mais l’amour ! C’est là le signe de Dieu : Il est lui-même amour. Combien de fois désirerions-nous que Dieu se montre plus fort! Qu’Il frappe durement, qu’Il terrasse le mal et qu’Il crée un monde meilleur! Toutes les idéologies du pouvoir se justifient ainsi, justifient la destruction de ce qui s’oppose au progrès et à la libération de l’humanité. Nous souffrons pour la patience de Dieu. Et nous avons néanmoins tous besoin de Sa patience. Le Dieu qui est devenu agneau nous dit que le monde est sauvé par le Crucifié et non par ceux qui ont crucifié. Le monde est racheté par la patience de Dieu et détruit par l’impatience des hommes.

Nous existons pour montrer Dieu aux hommes

Extrait de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la Messe inaugurale de son Pontificat, le dimanche 24 avril 2005, sur le parvis de la Place St Pierre.

Il n’est pas indifférent pour [Dieu] que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif ; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme.

Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

(...) Aujourd’hui encore, l’Église et les successeurs des Apôtres sont invités à prendre le large sur l’océan de l’histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ – à Dieu, au Christ, à la vraie vie.

Les Pères ont aussi dédié un commentaire très particulier à cette tâche singulière. Ils disent ceci : pour le poisson, créé pour l’eau, être sorti de l’eau entraîne la mort. Il est soustrait à son élément vital pour servir de nourriture à l’homme. Mais dans la mission du pêcheur d’hommes, c’est le contraire qui survient.
Nous, les hommes, nous vivons aliénés, dans les eaux salées de la souffrance et de la mort ; dans un océan d’obscurité, sans lumière. Le filet de l’Évangile nous tire hors des eaux de la mort et nous introduit dans la splendeur de la lumière de Dieu, dans la vraie vie.

Il en va ainsi – dans la mission de pêcheur d’hommes, à la suite du Christ, il faut tirer les hommes hors de l’océan salé de toutes les aliénations vers la terre de la vie, vers la lumière de Dieu. Il en va ainsi :
nous existons pour montrer Dieu aux hommes. Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie. Seulement lorsque nous rencontrons dans le Christ le Dieu vivant, nous connaissons ce qu’est la vie.

Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’Evolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire.

Il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui. La tâche du pasteur, du pêcheur d’hommes, peut souvent apparaître pénible. Mais elle est belle et grande, parce qu’en définitive elle est un service rendu à la joie, à la joie de Dieu qui veut faire son entrée dans le monde.

Le Christ nous enlève-t-il notre liberté?

Extrait de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la Messe inaugurale de son Pontificat, le dimanche 24 avril 2005, sur le parvis de la Place St Pierre.

Le joug de Dieu est la volonté de Dieu, que nous accueillons. Et cette volonté n’est pas pour moi un poids extérieur, qui nous opprime et qui nous enlève notre liberté. Connaître ce que Dieu veut, connaître quel est le chemin de la vie – telle était la joie d’Israël, tel était son grand privilège. Telle est aussi notre joie :
la volonté de Dieu ne nous aliène pas, elle nous purifie – parfois même de manière douloureuse – et nous conduit ainsi à nous-mêmes. De cette manière, nous ne le servons pas seulement lui-même, mais nous servons aussi le salut de tout le monde, de toute l’histoire (...).

En ce moment, je me souviens du 22 octobre 1978, quand le Pape Jean-Paul II commença son ministère ici, sur la Place Saint-Pierre. Les paroles qu’il prononça alors résonnent encore et continuellement à mes oreilles :
«N’ayez pas peur, au contraire, ouvrez tout grand les portes au Christ». Le Pape parlait aux forts, aux puissants du monde, qui avaient peur que le Christ les dépossède d’une part de leur pouvoir, s’ils l’avaient laissé entrer et s’ils avaient concédé la liberté à la foi. Oui, il les aurait certainement dépossédés de quelque chose : de la domination de la corruption, du détournement du droit, de l’arbitraire. Mais il ne les aurait nullement dépossédés de ce qui appartient à la liberté de l’homme, à sa dignité, à l’édification d’une société juste.

Le Pape parlait en outre à tous les hommes, surtout aux jeunes. En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté? Et encore une fois le Pape voulait dire :
Non! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère.

Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes :
n’ayez pas peur du Christ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie.